Abstract

La pensée féministe s'est nourrie des multiples apports en provenance de nombreuses régions du monde, où l'histoire des mouvements de femmes et de la recherche féministe a été riche bien que trop souvent méconnue. Reconnaître cela permet de contester une interprétation des féminismes dans les pays des Suds comme étant une forme d'occidentalisation et permet de remettre en question les présupposés voulant que les inégalités de genre soient une caractéristique plus marquée dans ces régions. De leur côté, les études et pratiques de "développement" ont montré les biais non seulement androcentriques, mais aussi eurocentriques et de classe dont ils étaient entachés. La démarche décoloniale, qui a vu le jour en Amérique latine, représente une autre perspective pour penser la société, et en particulier les inégalités et les changements, à partir de la spécificité historique et politique des sociétés elles-mêmes. Les études féministes et décoloniales répondent ainsi à l'exigence de prendre en compte les points de vue des autres, et notamment des femmes des classes et des races les plus exclues. Cela permet de mettre l'accent sur les structures économiques et sur la capacité d'action culturelle des sujets, sans pour autant déserter le terrain des luttes sociales réelles. Cet article éclaire comment le concept de genre, croisé avec les catégories de race et de classe, a une valeur heuristique pour revisiter le développement et repenser comment des femmes et des hommes, aux Nords et aux Suds, se constituent en sujets de leur propre histoire.

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